Actualité27 octobre 2022

Faire couler l’eau en suffisance dans le camp sahraoui de Boujdour

Oxfam, avec le soutien financier de ses supporters, de l’Union européenne, du HCR et de la coopération suédoise, a lancé la construction du tout premier réseau d'eau courante du camp de réfugié.e.s sahraoui.e.s de Boujdour. Boujdour est le dernier des cinq camps situés dans le Sud-Ouest algérien à être intégralement ravitaillé en eau par camions-citernes. 

Construction de deux châteaux d’eau d’une capacité de 320 mètres cubes chacun, réalisation d’un réseau de canalisations de 70 kilomètres de long, installation de 400 robinets publics : c’est un chantier d’envergure qui est en cours dans le camp de Boujdour, situé à quelques encablures de la petite ville algérienne de Tindouf.

Grand réservoir d'eau d'une capacité de 320 m³ dans le camp sahraoui de Boujdour, en Algérie

Pour l’instant, les 16.400 résident.e.s du camp sahraoui sont essentiellement ravitaillé.e.s en eau par camions-citernes, un système inefficace et couteux. En effet, ces véhicules sont très lourds et inadaptés aux routes en milieu désertique. Si la distribution d’eau potable par camion convient parfaitement en situation d’urgence, elle représente un coût démesuré sur le long terme : les camions consomment beaucoup de carburant et ont fréquemment besoin d’être entretenus, tandis que les pièces de rechange sont difficiles à obtenir.

 

Gestion durable de l’eau dans un désert inhospitalier

Or, c’est bien de solutions à long terme dont ont besoin les Sahraoui.e.s qui vivent depuis quarante-six ans dans un désert de sable et de rocaille à l’extrême sud-ouest de l’Algérie. Des dizaines de milliers de personnes – 174 000 d’après le haut-commissariat aux réfugiés – ont pris l'exil à la suite d'un conflit qui oppose le Front Polisario et le Maroc depuis 1975 et survivent depuis lors grâce à l’aide humanitaire. Elles sont dispersées dans cinq camps qui portent tous un nom en référence à une localité du Sahara occidental, inscrit sur la liste des territoires non-autonomes (dont la décolonisation n'est pas terminée) établie par l'ONU, qui soutient l'organisation d'un référendum d'autodétermination. Le manque d'hygiène et la rareté de l'eau y sont des sujets de préoccupation majeurs pour Oxfam et c'est ce qui nous a amené à entamer des travaux de grande ampleur.

Les châteaux d’eau vont permettre de stocker l’eau de pluie et alimenter 8.200 personnes toute l’année, soit la moitié de la population du camp. Quant au réseau de distribution, il acheminera l’eau traitée après avoir été puisée dans les nappes phréatiques présentes dans la région vers des robinets publics, tous disposés à proximité des habitations. Les familles ne devront parcourir qu’une distance maximale de 150 mètres afin de pouvoir s’alimenter à un point d’eau. Plusieurs sessions d'informations ont déjà eu lieu dans les "barrios" de Boujdour pour informer la population des futurs avantages du réseau.

Bref, un petite révolution pour les familles de Boujdour, dont celle de Fallah Bujador qui souffre actuellement d’une grave pénurie d'eau. Entre les pannes et le nombre réduit de camions disponibles, il arrive qu’elle doive attendre deux mois avant que les réservoirs en plastique qu'elle utilise pour entreposer l'eau soient remplis. En moyenne, Fallah et les neuf membres de sa famille disposent chacun de 12 litres d’eau par jour, soit environ la moitié du volume minimum recommandé par l’OMS dans un contexte de crise humanitaire prolongée.

« La quantité d'eau distribuée n'est pas suffisante, surtout en été, lorsque les températures atteignent 50°C. Il faut alors rationner l’eau de manière drastique : les douches sont limitées et on doit renoncer à faire la lessive ou à enclencher les climatiseurs », observe-t-elle.

Interrogée sur le réseau d'eau qu'Oxfam est en train de construire, elle se montre optimiste : « Contrairement aux camions-citernes, les robinets ne tombent jamais en panne et ils n'ont pas besoin de carburant ou d'un chauffeur !  Toute ceci va simplifier notre quotidien et alléger notre charge mentale : nous n’aurons plus à nous soucier du manque d’eau et nous en aurons même assez pour abreuver notre bétail, qui est notre unique source de revenus ».

 

Les communautés de Boujdour impliquées dans le projet de A à Z

Enguia Mohammed, gestionnaire de l’eau à Boujdour, partage l’enthousiasme de Fallah : « Si l’immense majorité des habitants est satisfaite du projet, c’est parce que 353 familles se sont directement impliquées dans le processus. Au fur et à mesure des consultations, nous avons décidé d’installer plus de robinets qu’initialement prévu afin d’éviter les tensions entre familles. À terme, il y aura suffisamment de points d’eau pour alimenter un maximum de 10 familles par robinet. Et c’est ensemble que nous avons décidé de leur localisation ».

Le nouveau réseau d'eau a été pensé pour que chaque famille du camp de Boujdour ait un accès égal à l'eau.

Enguia Mohammed, gestionnaire de l'eau

Nos efforts pour améliorer l’approvisionnement des habitant.e.s de Boujdour en eau potable par canalisations vont aussi réduire les risques pour la santé. Les familles ne seront bientôt plus obligées de stocker l'eau dans des réservoirs en plastique de mauvaise qualité, qui augmentent le risque de contamination de l'eau.

À l'heure actuelle, les équipes d'Oxfam ont déjà construit 18 kilomètres de canalisations et placé 101 robinets. La première phase de test a eu lieu en juillet 2022 et le projet devrait être pleinement opérationnel dans les trois daïras (arrondissements) de Boujdour en 2023.

 

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Le projet déployé à Boujdour bénéficie du financement de l'Union Européenne (Protection Civile et Opérations d'aide humanitaires européennes).

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