Biofuels report
Actualité6 avril 2023

Les agrocarburants, un remède pire que le mal

Présentés comme une alternative prometteuse au pétrole dans les transports, les agrocarburants sont une fois de plus épinglés par Oxfam dans un rapport en raison de leur impact négatif sur les gens et la planète : déforestation, disparition de cultures vivrières, augmentation des prix des denrées alimentaires… mais aussi émissions de gaz à effet de serre.

En faisant le plein, les près de 6 millions de Belges qui possèdent une voiture se rendent indirectement complices de violations de droits humains au Pérou et au Brésil. C’est le constat tiré par un rapport publié par Oxfam Belgique le 30 mars dernier. Ce rapport, suite d’une étude publiée en 2021, démontre comment le bioéthanol qui se trouve dans l’essence en Belgique est non seulement loin d’être vertueux pour le climat mais viole aussi les droits humains dans les deux pays analysés.

Canne à sucre : une filière opaque 

L’enquête menée par Oxfam au Pérou et au Brésil s’est focalisée sur la production de bioéthanol produit à base de cannes à sucre, dont l’import a été multiplié par 10 par la Belgique en seulement deux ans. Ces cannes à sucre sont transformées en bioéthanol et arrivent en Belgique via les Pays-Bas. Une longue liste d'acteurs sont impliqués dans la chaine de valeur dont des entreprises parfois basées en Arabie Saoudite, Russie, Norvège ou encore en Chine. Une trajectoire opaque qui permet difficilement de retracer toutes les étapes de production. Cela ne nous a pas empêchés d’aller à la rencontre de communautés locales proches de la Forêt amazonienne directement impactées. 

Dans son étude, Oxfam fait part des expulsions forcées qu’ont subi ces habitant.e.s pour faire place à des giga-plantations de cannes à sucre. Au Brésil, 8,6 millions d’hectares (2 fois la Belgique) y sont consacrés. Mais ce n’est pas tout : les conditions de travail dans ces plantations sont épouvantables, l’utilisation massive de produits chimiques nuit à la santé des travailleuses et travailleurs mais aussi des villageois.e.s aux alentours. Des personnes ont bien tenté de dénoncer ces exactions mais c’est leur intégrité physique, voire leur vie qui s’est retrouvée menacée.

La faim augmente, mais tout roule 

D’après l’ONU, le nombre de personnes touchées par la faim dans le monde atteignait en 2021 828 millions de personnes, soit une hausse de 46 millions de personnes par rapport à 2020. Alors, est-ce qu’on peut réellement justifier notre envie de rouler à tout prix ? Utiliser des champs qui pourraient permettre de produire de la nourriture alors que les niveaux de faim dans le monde ne cessent d’augmenter... Cherchez l’erreur. 

Graph showing eedstock of bioethanol consumed in Belgium, 2017-2021 (1,000 tonnes)

Malgré le changement d’approche des directives européennes qui n’obligent plus l’utilisation d’agrocarburants, la Belgique insiste sur cette « solution ». En Belgique, peu importe le type d’essence, il y a un pourcentage d’agrocarburants dedans, considérés à tort comme des carburants « zéro émission ». Pourquoi ? On oublie un facteur crucial : le changement d’affectation des sols, de terres naturelles qui stockaient du carbone (prairies, forêts…) à des terres cultivées.

Pire, en plus d’être néfastes pour le climat, les agrocarburants provoquent la hausse des prix alimentaires. En effet, la FAO (l’agence des Nations Unies qui mène les efforts internationaux vers l’élimination de la faim) estime que la flambée de la demande de matières premières agricoles pour la fabrication d’agrocarburants a provoqué une augmentation des prix allant jusqu’à 105%. Les agrocarburants menacent donc la sécurité alimentaire des personnes les plus exposées à l’insécurité alimentaire.  

La Belgique peut donner l’exemple

L’Union européenne a beau avoir mis des balises dans ses directives pour respecter les droits humains, celles-ci sont trop peu contraignantes pour empêcher des violations des droits des populations locales. La Belgique peut et doit sortir de tous les agrocarburants produits sur des terres agricoles, y compris ceux à base de cannes à sucre. Des agrocarburants de 2e et 3e génération existent et peuvent être utilisés si leur impact sur l’environnement et les droits humains a été dûment analysé. Mais lutter contre la crise climatique passe aussi par le fait de repenser notre mobilité. A commencer par améliorer et augmenter l’offre de transport public et favoriser la mobilité douce. 

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Envie d'aller plus loin ?

Lisez notre rapport sur les agrocarburants.

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