Pourquoi Oxfam condamne l’Accord commercial UE-Mercosur
Ce traité de libre-échange entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) va avantager les multinationales européennes ainsi que l’agro-industrie au détriment de l’agriculture durable et des paysan.ne.s. L’accord est aussi synonyme d’une accélération des émissions de CO2 et de la déforestation dans les pays du Mercosur ainsi qu’une baisse des droits environnementaux et humains. Découvrez la position d’Oxfam et notre vision d’une agriculture équitable et durable.
Des accords néocoloniaux qui favorisent l’agro-industrie et les multinationales européennes
Les accords de libre-échange sont fondés sur une logique néocoloniale : les pays du Mercosur exporteront davantage de matières premières vers l’Europe, produits à faible valeur ajoutée en échange de produits industriels à forte valeur ajoutée.
Les grands gagnants de cet échange sont les secteurs pharmaceutiques et automobiles en Europe, ainsi que l’agro‑industrie dans les pays du Mercosur (producteurs de viande bovine, de volaille, de sucre/éthanol…). La structure même de l’accord profite bien davantage aux multinationales européennes : il ouvre de nouveaux marchés, assure l’accès aux matières premières (approche extractiviste) et ouvre les marchés publics du Mercosur à la concurrence des entreprises européennes. En échange, il renforcera les exportations de matières premières et de produits primaires en provenance du Mercosur afin d’alimenter « l’industrie verte » du Nord.
Une baisse des droits humains et environnementaux
L’accord n’offre aucune protection effective en cas de violations des droits humains ou environnementaux, car cette partie n’est pas contraignante. Les matières premières échangées dans le cadre de l’accord accéléreront la déforestation et les émissions de CO₂. La baisse des tarifs douaniers augmentera également le commerce de pesticides dangereux, interdits dans l’UE mais toujours exportés vers les pays du Mercosur et utilisés dans l’agriculture. Au moins 30 % des pesticides autorisés au Brésil ne sont pas admis dans l’UE. En février 2023, on comptait plus de 3000 pesticides autorisés au Brésil, et dont 63 % des ingrédients actifs n’ont pas d’autorisation correspondante dans l’UE.
Concurrence déloyale et pression sur les paysans
En ce qui concerne l’agriculture, l’accord renforcera les grands acteurs agro‑industriels et l’agriculture conventionnelle, mettant en péril la transition vers une agriculture durable. Il stimulera la production de soja et l’usage des pesticides, augmentant la pression sur les paysans et paysannes des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, cela signifie des prix plus bas pour les agriculteur.rice.s et une concurrence déloyale due aux géants de l’agro‑industrie. Dans les pays du Mercosur, cela soutient un modèle agro‑industriel qui exerce une pression sur les exploitations familiales et les peuples autochtones.
Des conséquences dramatiques pour les populations autchtones du Mercosur
Dans des pays comme le Brésil, les populations autochtones et exploitations familiales sont déjà soumis.e.s à une forte pression concernant l’accès à la terre et aux ressources naturelles. Ils sont la cible d’une propagande agressive visant à les pousser à quitter leurs terres, ce qui mène souvent à des agressions et des violations de leurs droits. Pour étendre les pâturages destinés à l’élevage dans l’Amazonie ou des champs de soja dans le Cerrado, les entreprises agro‑industrielles recourent à des menaces verbales et physiques pour expulser les populations autochtones et paysan.ne.s. Cela s’accompagne également d’incendies volontaires pour déboiser, afin d’occuper ensuite ces « nouvelles » terres disponibles. La réforme agraire est aujourd’hui à l’arrêt au Brésil sous la pression de l’expansion agro‑industrielle.
Oxfam soutient une agriculture durable basée sur la coopération et les droits humains.
Oxfam agit pour un système alimentaire durable qui protège les droits des producteurs et productrices agricoles à petite échelle partout dans le monde et qui garantit le droit à la nourriture pour toutes et tous.