thumbnail__TDH5588
Communiqué de presse22 mars 2022

En Afrique de l’Est, près de 28 millions de personnes risquent la faim extrême si la sécheresse se poursuit

La flambée des prix alimentaires et du cours des matières premières causée par la crise en Ukraine pourrait aggraver l’insécurité alimentaire qui touche déjà 21 millions de personnes.

En Afrique de l’Est, près de 28 millions de personnes risquent la faim extrême s’il ne pleut pas au mois de mars. Oxfam tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : alors que la crise actuelle en Ukraine est au cœur de l’actualité mondiale, il existe un risque réel que la communauté internationale réagisse trop tard à la crise alimentaire qui ravage l’Afrique de l’Est.

Il est urgent de mobiliser maintenant une aide humanitaire urgente pour soutenir les 21 millions de personnes qui souffrent déjà de faim sévère en raison des conflits, des inondations et d’une grave sécheresse qui dure depuis deux ans - une situation inédite depuis 40 ans - dans les pays d’Afrique de l’Est.

« L’Afrique de l’Est fait face à une crise alimentaire extrêmement préoccupante. Une catastrophe majeure se prépare dans certaines régions d’Éthiopie, du Kenya, de la Somalie et du Soudan du Sud. Même si les pluies arrivent en mars, une reprise complète sera quasiment impossible si nous ne prenons pas des mesures urgentes dès aujourd’hui », avertit Gabriela Bucher, directrice générale d’Oxfam International.

« Les répercussions du conflit en Ukraine sur le système alimentaire mondial se feront sentir dans le monde entier, mais les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire figurent parmi les communautés qui seront le plus durement et le plus rapidement touchées. La hausse des prix alimentaires constitue un coup de grâce pour des millions de personnes qui souffrent déjà de crises multiples, la pénurie d’aide risque de coûter des vies », poursuit Mme Bucher.

Le pic des prix mondiaux des denrées alimentaires et des produits de base causé par la COVID-19 limitait déjà la marge de manœuvre dont disposaient les gouvernements africains, lourdement endettés, pour résoudre le problème majeur de la faim auquel leurs populations sont confrontées. Néanmoins, la crise en Ukraine aura des conséquences encore plus catastrophiques. Elle fait déjà grimper les prix des denrées alimentaires et des matières premières à des niveaux supérieurs à ce que les gouvernements d‘Afrique de l’Est peuvent se permettre.

90% du blé en provenance d’Ukraine et de Russie

Les pays de la région importent jusqu’à 90 % de leur blé d’Ukraine et de Russie. À l’heure où le commerce mondial des céréales, du pétrole, des transports et des engrais connaît les premières perturbations, les prix alimentaires commencent à monter en flèche, jusqu’à enregistrer un pic historique la semaine dernière. En Somalie, le prix des céréales de base a plus que doublé par rapport à celui de l’année précédente.

En 2010/2011, des hausses similaires des prix alimentaires avaient précipité 44 millions de personnes dans une situation de pauvreté extrême au niveau mondial. D’après les estimations, l’inflation actuelle devrait être encore plus dévastatrice.

« Nous ne pouvons plus continuer à justifier notre passivité alors que des personnes sont précipitées dans l’insécurité alimentaire extrême. Ne rien faire maintenant serait immoral et contraire aux devoirs humanitaires », estime Mme Bucher.

Urgence humanitaire, pays par pays

  • En Éthiopie, au Kenya et en Somalie, plus de 13 millions de personnes ont été déplacées à la recherche d’eau et de pâturage, seulement dans le premier trimestre de l’année 2022. Des millions d’autres ont été contraintes d’abandonner leurs terres et leur maison en raison de conflits, notamment près de l’Éthiopie, où 9,4 millions de personnes ont maintenant besoin d’aide humanitaire en urgence.
  • La région a connu la pire invasion de criquets pèlerins des 70 dernières années et une crue soudaine a touché près d’un million de personnes au Soudan du Sud.
  • La production agricole a diminué de 70 % au Kenya qui a proclamé un état de catastrophe nationale au vu de la famine : 3,1 millions de personnes ont maintenant besoin d’aide humanitaire. Près de la moitié des foyers kenyans sont contraints d’emprunter de la nourriture ou de prendre un crédit pour se nourrir.
  • L'Éthiopie connaît son plus haut niveau d’insécurité alimentaire depuis 2016. Dans la seule région Somali, 3,5 millions de personnes connaissent une pénurie sévère d’eau et de nourriture. Près d’un million d’animaux d’élevage sont morts, laissant les éleveurs et les éleveuses dont la survie dépend d’eux totalement démunis.
  • Plus de 671 000 personnes ont récemment été contraintes de quitter leur foyer en Somalie, car près de 90 % du pays connaît une sécheresse sévère. En conséquence, presque la moitié des enfants somaliens de moins de cinq ans risquent de souffrir de malnutrition aiguë.
  • D’après les estimations, au Soudan du Sud, 8,3 millions de personnes souffriront d’insécurité alimentaire sévère durant la prochaine saison creuse (mai-juin), tandis que les bouleversements climatiques et économiques s’aggravent.

Malgré l’urgence, la réponse humanitaire reste terriblement insuffisante. À l’heure actuelle, seulement 3 % de l’appel humanitaire de 6 milliards de dollars lancé par les Nations Unies en 2022 pour l’Éthiopie, la Somalie et le Soudan du Sud ont étés récoltés. Tandis que le Kenya n’a obtenu à ce jour que 11 % de la somme totale de l’appel éclair des Nations Unies.

Diyaara IbrahimGulie, femme originaire du Comté de Wajir qui a reçu de la nourriture et de l’aide monétaire via Oxfam, confie: «Maintenant, nous devons sauter des repas et nous contenter d’un seul repas par jour. Parfois, nous devons donner la prioritéaux enfants et laisser les adultes affamé·espour préserverle peu de nourriture que nous avons».

Avec ses partenaires locaux, Oxfam redouble les efforts de soutien aux personnes touchées par la crise alimentaire en Afrique de l’Est. Elle vise à aider 1,5 million des personnes démunies en fournissant de l’eau, de l’argent liquide, des abris et des installations sanitaires. Oxfam aidera les populations à reconstruire leur vie et à se remettre des chocs climatiques.

« L’Afrique de l’Est ne peut pas attendre. La crise alimentaire s’aggrave de jour en jour à cause des changements climatiques et de la COVID-19. Oxfam appelle tous les donateurs à compenser de toute urgence les sommes restantes de l’appel humanitaire, et à apporter dès que possible un soutien financier aux organisations humanitaires locales. Dans les zones de conflits, les gouvernements et les parties belligérantes doivent s’assurer que les organisations humanitaires comme Oxfam peuvent aider les personnes les plus vulnérables en toute sécurité », affirme Mme Bucher. 

« Nous appelons l’ensemble des gouvernements, en particulier ceux des pays exportateurs de céréales, à faire tout leur possible pour pallier adéquatement l’interruption imminente de la chaîne logistique liant l’Ukraine aux pays à faible revenu dépendants des importations alimentaires. De même, au vu des bouleversements engendrés par l’échec des efforts internationaux de gestion de la crise climatique, nous insistons sur la nécessité de redoubler les efforts d’adaptation et d’atténuation », conclut Mme Bucher.

Dossier de presse : Ukraine et sécurité alimentaire

 

Notes aux rédactions

Droite