Communiqué de presse12 février 2026

Les États africains ont fait l'objet de 80 % des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU au cours de la dernière décennie, malgré leur exclusion des sièges permanents

Alors que 80 % des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU au cours de la dernière décennie ont concerné l’Afrique, aucun pays africain n’y siège de manière permanente. À l’occasion du 39e sommet de l’Union africaine les 14 et 15 février à Addis-Abeba, Oxfam appelle les dirigeant.es africain.es à exiger une réforme ambitieuse du Conseil afin de mettre fin à cette exclusion. Depuis 2016, les conflits sur le continent ont fait des millions de morts, forcé près de 46 millions de personnes à fuir leur foyer et plongé 120 millions de personnes dans la faim dans 26 pays africains.

D’après les calculs d’Oxfam, les conflits en Afrique ont dominé les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) au cours de la dernière décennie, représentant un pourcentage impressionnant de 80 %, alors qu'aucun pays africain ne dispose d'un siège permanent au Conseil.  

Rien que l'année dernière, près de 45 % des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies (20 sur 44) concernaient explicitement un pays africain ou des situations en Afrique. Parmi ces 20 résolutions, 18 autorisaient des sanctions, des opérations de maintien de la paix ou des interventions militaires. 

La note d'information d'Oxfam intitulée No representation, no peace : The African demand for a reformed Security Council souligne l'exclusion de l'Afrique de la représentation permanente au Conseil de sécurité des Nations unies et appelle à une réforme multilatérale urgente.  

Fati N'zi-Hassane, directrice d'Oxfam en Afrique, a déclaré : « Bon nombre des conflits les plus meurtriers et les plus longs au monde se déroulent en Afrique, mais le continent continue de se voir refuser un siège permanent à la table des négociations, ce qui souligne un déséquilibre de longue date dans la prise de décision mondiale en matière de paix et de sécurité.  Sans tenir compte de l’avis des bonnes personnes, des résolutions sont adoptées qui ne sont pas applicables et qui sont déconnectées des besoins et des souhaits de la population. »  

Cinq pays au cœur d'un conflit prolongé - l'Éthiopie, le Nigéria, la République démocratique du Congo, le Soudan et le Soudan du Sud - totalisent près des deux tiers des personnes affectées par l'insécurité alimentaire aiguë sur le continent. Rien qu'au Soudan, le conflit qui a éclaté en avril 2023 a fait plus de 150 000 morts, tandis que des millions d'autres personnes luttent pour survivre.  

Les coûts économiques sont tout aussi élevés, les conflits coûtant au continent environ 18 milliards de dollars chaque année, ce qui entrave considérablement le développement, perturbe le commerce et détourne les ressources des priorités cruciales en matière de développement dans une grande partie de l’Afrique.  

Le rapport « Veto contre l’humanité » publié par Oxfam en 2024 a montré que les résolutions échouent trop souvent à instaurer la paix ou à s'attaquer aux causes profondes des conflits, laissant les citoyens et citoyennes supporter le coût humain et économique de crises dont ils ne sont en rien responsables.  

« Alors que les conflits continuent de s'intensifier à travers le continent, les décisions prises principalement par les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ne parviennent pas à atténuer le coût humain pour des millions de personnes. Depuis trop longtemps, l’Afrique subit des défis injustes et disproportionnés liés au contexte géopolitique actuel, tandis que les décisions majeures influençant la paix et la sécurité continuent d’être prises sans une représentation africaine à la hauteur des enjeux. 

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit évoluer pour que les bonnes personnes soient présentes à la table des négociations », a conclu Fati N'zi-Hassane.  

Alors que les dirigeant.es africain.es se réunissent pour le 39e sommet de l'UA, Oxfam les appelle à réaffirmer avec force la position africaine commune portée depuis le Consensus d’Ezulwini. Dans un contexte où l’Afrique reste au centre des décisions du Conseil de sécurité sans y être représentée, renforcer cette unité politique est indispensable pour faire avancer une réforme multilatérale juste. 

Notes aux rédactions 

  • La Déclaration d'Ezulwini, est la position commune de l'Union africaine sur la réforme des Nations Unies, en particulier du Conseil de sécurité. Adopté en 2005 à Ezulwini, au Swaziland (Eswatini), elle exige au moins deux sièges permanents avec droit de veto et cinq sièges non permanents pour l'Afrique afin de corriger la sous-représentation.
  • Virginia Mura, conseillère en plaidoyer humanitaire basée à Tunis, est disponible pour toutes questions par téléphone ou visioconférence.