Les 0,1 % les plus riches émettent plus de carbone que près de la moitié de l’humanité et profitent des catastrophes climatiques qu’ils provoquent
- Une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches a contribué près de 400 fois plus aux vagues de chaleur extrêmes qu’une personne issue de la moitié la plus pauvre de l’humanité. En Belgique, les 0,1% les plus riches émettent 14 fois plus de CO² que la moyenne de la population.
- Les recherches d’Oxfam montrent que, tandis que les super-riches sont responsables d’une part disproportionnée des émissions de carbone, ce sont les gens ordinaires qui subissent le plus durement les inondations, les incendies et les famines qui en résultent.
- Le nouvel indice « Détruire et reconstruire » d’Oxfam, qui analyse 217 entreprises, révèle comment les investisseurs super-riches, qui financent les combustibles fossiles et d’autres industries fortement polluantes, tirent également profit de la préparation aux catastrophes, ainsi que des opérations de relèvement et reconstruction.
- Oxfam exhorte les gouvernements à faire payer les riches pollueurs et à mettre fin à la spéculation climatique.
Les 0,1 % les plus riches du monde (8 millions de personnes) génèrent plus de pollution carbone que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres de la planète réunie, révèle une nouvelle analyse d’Oxfam. Les chiffres sont aussi frappants en Belgique : en moins d’un an et demi, une personne appartenant aux 0,1% les plus riches émet autant de CO² qu’une personne issue de la moitié la moins aisée de la population n’en a émis au cours des trente dernières années.
Publié en amont du sommet des Nations Unies sur le climat (COP31) en Turquie, le rapport montre comment les super-riches provoquent le dérèglement climatique en raison de leurs émissions démesurées, tout en se protégeant des conséquences et, de plus en plus, en tirant profit de la destruction.
Une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches a contribué près de 400 fois plus aux vagues de chaleur extrêmes actuelles qu’une personne appartenant aux 50 % les plus pauvres. Collectivement, ce petit groupe de personnes produit plus de trois fois plus de pollution carbone que la population de l’Afrique subsaharienne (1,3 milliard de personnes). Une seule année d’émission du 1% le plus riche entraînera 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur, dont 78% dans des pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur. La Belgique n’a pas été épargnée cet été : avec 2 935 décès liés à la chaleur.
« La crise climatique est souvent décrite comme un défi partagé par tout le monde. Ce n’est pas le cas. Les personnes qui ont le moins contribué à la provoquer perdent leurs maisons, leurs récoltes et, de plus en plus, la vie. Pendant ce temps, les super-riches peuvent s’acheter une protection contre le danger – en se réfugiant dans des bunkers souterrains de haute technologie, en engageant des équipes privées de pompiers et en souscrivant à des assurances privées – et tirent activement profit des conséquences de leur propre pollution. Il ne s'agit pas d'une tragédie de destin partagé ; c’est un crime d’inégalité extrême », a déclaré Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International.
En combinant des données sur les inégalités en matière d’émissions de carbone avec des modèles d’attribution climatique de pointe, Oxfam a constaté que :
- Le 1 % le plus riche est responsable de 20 % du réchauffement climatique depuis 1990, soit 100 fois plus, par personne, qu’un individu appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité.
- Les émissions produites en une seule année par le 1 % le plus riche entraîneront 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur. 78 % de ces décès surviendront dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, alors que ces pays ne sont responsables que de 8 % des émissions mondiales.
- Les émissions du 1 % le plus riche causeront près de 53 000 milliards de dollars de dommages d’ici 2050.
Utilisée exclusivement par les plus riches, l’aviation privée reste l’un des exemples les plus frappants d’inégalité extrême en matière d’émissions de carbone. Une nouvelle analyse réalisée par Oxfam à partir de données de suivi des jets privés révèle que :
- Au total, les jets privés émettent en deux secondes plus d’émissions de carbone qu’une personne appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en émet en un an.
- En 2025, 9 026 vols en jet privé ont décollé de Belgique. Mis bout à bout, ces vols représentent l’équivalent de 1,9 année de vol ininterrompu, soit 193 fois le tour de la Terre. Il faudrait environ 173 000 arbres pour compenser les émissions ainsi générées.
Alors que les super-riches sont responsables d’une part disproportionnée de la pollution carbone, ce sont les gens ordinaires qui subissent de plein fouet les inondations, les incendies et les famines qui en résultent. Les super-riches s'achètent de la sécurité grâce à des assurances privées et à des résidences situées dans des endroits plus sûrs et plus frais. Pour tous les autres, les catastrophes climatiques se traduisent par la destruction de leurs logements et de leurs récoltes, l’épuisement de leurs économies et la perte de leurs moyens de subsistance. Cela rend les populations encore plus exposées lorsque la catastrophe suivante survient, ce qui aggrave les inégalités qui les rendaient, dès le départ, bien plus vulnérables face aux crises climatiques. D’ici 2050, jusqu’à un milliard de personnes (environ 10 % de la population mondiale) pourraient être déplacées en raison de la crise climatique. La plupart de ces personnes déplacées se trouveront dans les pays du Sud. Les Belges ne sont toutefois pas à l’abri. Environ une personne sur cinq en Belgique pourrait être exposée à des inondations ou subir les conséquences des sécheresses qui affectent le secteur agricole.
Le rapport d’Oxfam, intitulé Disaster Divide montre également comment les catastrophes climatiques sont devenues de plus en plus lucratives. Le marché mondial de la reprise après sinistre devrait passer de 70 milliards de dollars à 92 milliards de dollars par an d’ici 2029.
De plus, le nouvel indice « Destroy & Rebuild » (en français « Détruire et reconstruire ») d’Oxfam recense 217 entreprises qui tirent profit des secteurs contribuant à la crise climatique, ainsi que de ceux liés à la préparation aux catastrophes, à la reprise et à la reconstruction.
BlackRock et Vanguard détiennent des participations dans 92 % des entreprises figurant dans l’indice. Le total de leurs investissements s’élève à plus de 1 000 milliards de dollars.
Le rapport met également en garde contre le fait que les catastrophes climatiques sont de plus en plus exploitées pour faire adopter des politiques qui aggravent les inégalités, notamment la privatisation de l’action climatique et des services publics, l’accaparement des terres, la déréglementation et les allégements fiscaux profitant aux super-riches. Il en résulte un cercle vicieux d’injustice : le nombre de décès dus aux inondations est sept fois plus élevé dans les pays où les inégalités sont les plus marquées.
« Les ultra-riches mettent le feu à la planète, puis nous font payer les extincteurs », a déclaré Behar. « Ils tirent profit de la pollution. Ils tirent profit de la catastrophe. Et ils tirent encore profit du nettoyage. »
Oxfam exhorte les gouvernements belge et régionaux à plaider, lors de la COP31 pour :
- Faire en sorte que les riches pollueurs paient pour réduire de manière significative et rapide leurs émissions de carbone, notamment par le biais d’impôts permanents sur la richesse et le revenu, d’une taxe permanente sur les entreprises du secteur des combustibles fossiles et de taxes punitives sur les articles de luxe à fortes émissions, comme les jets privés.
- Pour la Belgique, cela implique de contribuer à hauteur de 500 millions d’euros par an au financement climatique international.
- Augmenter considérablement le financement climatique destiné aux pays du Sud, en privilégiant le financement public sous forme de subventions plutôt que les prêts qui aggravent l’endettement. Le montant alloué à l’adaptation devrait être triplé d’ici 2035.
- Réduire radicalement les inégalités au sein des pays et entre eux, notamment grâce à des infrastructures publiques et des services publics résilients face au changement climatique. En Belgique, une suppression progressive et juste des subsides annuels aux combustibles fossiles permettrait à la fois de réduire les émissions et les inégalités.
- Mettre fin à l’exploitation des catastrophes climatiques à des fins lucratives. Les gouvernements doivent limiter le pouvoir des entreprises dans les interventions d’urgence, la reconstruction et les systèmes alimentaires en cas de catastrophe.
Notes aux éditions
- L’analyse d’Oxfam révèle que 1,18 million, soit 78 % des décès supplémentaires dus à la chaleur, se produiront dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur.
- Depuis 1990, les émissions de carbone du 1 % le plus riche ont entraîné une baisse de la production économique mondiale de 2 900 milliards de dollars. D’ici 2050, ce chiffre passera à 52 600 milliards de dollars, ce qui équivaut à une perte de 0,5 % du PIB mondial cumulé sur cette période. Ce sont les pays les moins responsables des changements climatiques qui subiront les conséquences économiques les plus lourdes.
- Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), jusqu’à un milliard de personnes pourraient être déplacées en raison de la crise climatique d’ici 2050. La fréquence et l’intensité de ces événements augmentent en conséquence directe du changement climatique.
- Les 1% les plus riches en Belgique correspondent aux 11 680 personnes les plus riches du pays. Chacun d’elles émet en moyenne 14 fois plus de CO² que la moyenne de la population belge (17,3 tCO² par an). Comparée à la moitié la moins aisée de la population belge (5,8 millions de personnes), une personne appartenant à ce groupe émet même 22 fois plus de CO². Les jets privés ayant décollé de Belgique en 2025 ont émis collectivement 34 580 tonnes de CO². Ces appareils n’appartiennent pas nécessairement à des Belges et ne transportent pas nécessairement des passagers belges. Les atterrissages n’ont pas été comptabilisés afin d’éviter les doubles comptages.
Disaster Divide : comment le chaos climatique creuse les inégalités
Les personnes les plus riches contribuent de manière disproportionnée à la crise climatique, tandis que les populations les plus pauvres en subissent les conséquences les plus lourdes. Le nouveau rapport d’Oxfam montre également comment certains acteurs économiques profitent de la catastrophe.