Israël applique au Liban la même stratégie qu’à Gaza en détruisant les infrastructures d’eau
Oxfam craint qu’Israël ne reproduise au Liban le schéma déjà utilisé tout au long de son génocide à Gaza : cibler et démanteler les infrastructures hydrauliques essentielles à la survie des populations civiles.
Selon une analyse d’Oxfam, les forces israéliennes détruisent actuellement des infrastructures d’eau et d’assainissement, y compris dans des zones où des installations étaient en cours de réhabilitation après avoir été endommagées lors de la précédente guerre.
Les Conventions de Genève interdisent d’attaquer les installations d’eau et les biens indispensables à la survie de la population civile. Le recours à la privation d’eau comme méthode de guerre est proscrit. Toute privation intentionnelle d’eau ou entrave à l’acheminement de l’aide peut constituer un crime de guerre.
En seulement quatre jours, durant les premières semaines de la nouvelle escalade, Israël a endommagé au moins huit sources d’eau essentielles - réservoirs, réseaux de canalisations, stations de pompage -alimentant plus de 7 000 personnes dans la région de la Békaa.
Dans le Sud-Liban, où des centaines de milliers de personnes ont été forcées de fuir après les ordres massifs de déplacement imposés par Israël, Oxfam et ses partenaires mènent des travaux de réhabilitation sur 19 installations hydrauliques clés fournissant de l’eau potable à jusqu’à 60 000 personnes. Six avaient déjà été endommagées l’an dernier par les bombardements israéliens. Des frappes ont depuis été confirmées dans de nombreuses zones où se situent ces infrastructures.
L’intensité des attaques empêche désormais les équipes d’Oxfam d’accéder en toute sécurité à ces sites pour évaluer si ceux-ci ont de nouveau été détruits ou endommagés, ou pour garantir qu’ils fonctionnent correctement et continuent d’alimenter les civils restés dans les villages. À long terme, l’absence d’accès à une eau propre aura des conséquences catastrophiques pour les communautés lorsqu’elles pourront rentrer chez elles.
Israël applique la même stratégie qu’à Gaza
La destruction d’infrastructures civiles ne se limite pas aux systèmes d’eau. Israël a également visé des réseaux électriques et des ponts, coupant des services vitaux entiers à des villes et villages.
Bachir Ayoub, directeur d’Oxfam au Liban, déclare : « Il est clair que les forces israéliennes reproduisent au Liban le même schéma qu’à Gaza : attaques contre les civils, les infrastructures essentielles, les services d’urgence, dont 12 secouristes tués en une seule frappe, et le personnel humanitaire. Elles cherchent à maximiser la destruction et la peur parmi la population, en méprisant totalement le droit international. »
« L’impunité dont Israël a bénéficié à Gaza, alors même qu’il commettait des crimes de guerre liés à l’eau, se répète aujourd’hui. Le monde a montré qu’Israël peut agir comme il l’entend, sans aucune conséquence. Et une fois encore, ce sont les civils qui paient le prix de cette inaction. »
Lors de l’escalade de 2024, Israël a endommagé plus de 45 réseaux d’eau au Liban, affectant près d’un demi‑million de personnes, augmentant les risques d’épidémies et contribuant à la perte de moyens de subsistance et d’espaces verts. Compte tenu de l’absence continue de mécanismes de responsabilité permettant à Israël de violer sans entrave le droit international dans l’ensemble de la région, Oxfam s’inquiète d’une augmentation rapide de la destruction d’infrastructures civiles déjà en cours.
Malgré l’ampleur des destructions et les preuves croissantes des atrocités commises par Israël à Gaza, Oxfam estime que la communauté internationale reste complice, par son silence ou, dans de nombreux cas, par son soutien à Israël alors que celui-ci continue d’occuper et d’envahir des zones du Liban.
Oxfam appelle à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel
« Il faut un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, et mettre fin à cette guerre », ajoute Ayoub.
« La communauté internationale a laissé faire à Gaza la militarisation de l’eau par Israël et ses conséquences catastrophiques pour les femmes, les hommes et les enfants. Cette dévastation ne doit pas se reproduire au Liban. Israël doit rendre des comptes pour ses violations, cesser d’occuper davantage de territoires, de priver les civils de leurs droits fondamentaux et de bafouer le droit international sans aucune conséquence. »
POUR ALLER PLUS LOIN
- Dans sa note d’analyse Water Under Fire: Supporting Lebanon’s Water Services Amid Escalating Conflict, (en pièce jointe) Oxfam a recueilli des données auprès des établissements hydrauliques de trois des régions les plus touchées après les attaques israéliennes.
- En juillet 2024, Oxfam publiait Water War Crimes: How Israel has weaponised water in its military campaign in Gaza, une analyse détaillée de la manière dont le gouvernement israélien a systématiquement utilisé l’eau comme arme dans son offensive contre Gaza.
- Avant la nouvelle escalade, Oxfam réhabilitait huit systèmes de pompage à Mansouri, Nmairiyyeh, Srifa, Zaita, Ankoun, Allousiyyeh, Kfardounin et Jbal Al Botom ; trois réseaux d’eau à Tyr, Kherbit Silm et Khiam ; quatre réservoirs à Ater, Toura et Zebkin ; et quatre systèmes de filtration à Mais Eljabal, Bintjbeil, Kfartebnit et Deir Knaoun Nahr.
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Oxfam renforce sa réponse d’urgence au Liban. Dans des centres d’accueil au Mont Liban, dans le Sud et dans la vallée de la Bekaa, les équipes distribuent des kits de literie, des kits d’hygiène (y compris hygiène menstruelle) et assurent l’accès à de l’eau potable.