Actualité27 octobre 2026

Climat : les ultra-riches émettent plus de carbone que la moitié de l’humanité et profitent de la crise climatique

Les personnes les plus riches de la planète jouent un rôle disproportionné dans l’aggravation de la crise climatique, tout en étant largement protégées de ses conséquences. Une nouvelle analyse d’Oxfam, publiée en amont de la COP 31 tenue en Turquie, montre qu’une personne appartenant au 0,1 % le plus riche a contribué près de 400 fois plus aux vagues de chaleur extrêmes qu’une personne issue de la moitié la plus pauvre de l’humanité. En Belgique, les émissions des 0,1 % les plus riches sont quatorze fois supérieures à la moyenne nationale. L’étude révèle également que certains investisseurs fortunés tirent profit des secteurs les plus polluants, mais aussi des marchés liés à la gestion, à la reconstruction et au relèvement après les catastrophes climatiques.

Les ultra-riches alimentent la crise climatique

Les 0,1 % les plus riches du monde (8 millions de personnes) génèrent plus de pollution carbone que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres de la planète réunies, révèle une nouvelle analyse d’Oxfam. Les chiffres sont également frappants en Belgique : en moins d’un an et demi, une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches émet autant de CO₂ qu’une personne issue de la moitié la moins aisée de la population n’en a émis au cours des trente dernières années.

Publié en amont du sommet des Nations Unies sur le climat (COP31) en Turquie, le rapport montre comment les super-riches alimentent le dérèglement climatique par leurs émissions démesurées, tout en se protégeant de ses conséquences et, de plus en plus, en tirant profit de la destruction qu'il engendre.

Une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches a contribué près de 400 fois plus aux vagues de chaleur extrêmes actuelles qu’une personne appartenant aux 50 % les plus pauvres. Collectivement, ce petit groupe produit plus de trois fois plus de pollution carbone que l’ensemble de la population d’Afrique subsaharienne (1,3 milliard de personnes). Une seule année d’émissions du 1 % le plus riche entraînera 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur, dont 78 % dans des pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur. La Belgique n’a pas été épargnée cet été, avec 2 935 décès liés à la chaleur.

« La crise climatique est souvent décrite comme un défi partagé par tout le monde. Ce n’est pas le cas. Les personnes qui ont le moins contribué à la provoquer perdent leurs maisons, leurs récoltes et, de plus en plus, la vie. Pendant ce temps, les super-riches peuvent s’acheter une protection contre le danger et tirent activement profit des conséquences de leur propre pollution. Il ne s'agit pas d'une tragédie de destin partagé ; c’est un crime d’inégalité extrême », a déclaré Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International.

En combinant des données sur les inégalités d’émissions de carbone avec des modèles d’attribution climatique de pointe, Oxfam a constaté que :

  • Le 1 % le plus riche est responsable de 20 % du réchauffement climatique depuis 1990, soit 100 fois plus, par personne, qu’un individu appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité.
  • Les émissions produites en une seule année par le 1 % le plus riche entraîneront 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur. 78 % de ces décès surviendront dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, alors que ces pays ne sont responsables que de 8 % des émissions mondiales.
  • Les émissions du 1 % le plus riche causeront près de 53 000 milliards de dollars de dommages d’ici 2050.

Les populations les plus vulnérables paient le prix fort

Alors que les super-riches sont responsables d’une part disproportionnée de la pollution carbone, ce sont les populations les plus vulnérables qui subissent de plein fouet les inondations, les incendies, les sécheresses et les famines qui en résultent. Tandis que les plus fortunés peuvent acheter leur sécurité grâce à des assurances privées ou à des résidences situées dans des zones moins exposées, des millions de personnes perdent leur logement, leurs récoltes, leurs revenus ou leurs économies à chaque catastrophe.

Cette dynamique alimente un cercle vicieux d’inégalités : chaque catastrophe rend les populations concernées encore plus vulnérables à la suivante. Selon les projections, jusqu’à un milliard de personnes pourraient être déplacées en raison de la crise climatique d’ici 2050, principalement dans les pays du Sud. La Belgique n’est toutefois pas à l’abri : environ un habitant sur cinq pourrait être exposé à des inondations ou aux conséquences des sécheresses affectant le secteur agricole.

De la pollution aux profits : l’économie de la catastrophe climatique

Le rapport d’Oxfam, Disaster Divide, montre également comment les catastrophes climatiques sont devenues un marché particulièrement lucratif. Le secteur mondial de la reprise après sinistre devrait passer de 70 à 92 milliards de dollars par an d’ici 2029.

Le nouvel indice d’Oxfam Destroy & Rebuild (« Détruire et reconstruire ») recense 217 entreprises qui tirent profit à la fois des secteurs responsables de la crise climatique et de ceux liés à la préparation aux catastrophes, à la réponse d’urgence, à la reconstruction et au relèvement.

BlackRock et Vanguard détiennent des participations dans 92 % des entreprises figurant dans cet indice, pour un montant total dépassant les 1 000 milliards de dollars.

Le rapport met également en garde contre la multiplication de politiques qui exploitent les catastrophes climatiques pour renforcer les inégalités, notamment à travers la privatisation de l’action climatique et des services publics, l’accaparement des terres, la déréglementation ou encore les allégements fiscaux en faveur des plus riches. Le résultat est un cercle vicieux d’injustice : le nombre de décès liés aux inondations est sept fois plus élevé dans les pays les plus inégalitaires.

« Les ultra-riches mettent le feu à la planète, puis nous font payer les extincteurs. Ils tirent profit de la pollution. Ils tirent profit de la catastrophe. Et ils tirent encore profit du nettoyage », a déclaré Amitabh Behar.

Les recommandations d’Oxfam pour une transition climatique juste

Oxfam exhorte les gouvernements belge et régionaux à défendre, lors de la COP31 :

  • Des mesures contraignantes pour faire payer les grands pollueurs et réduire rapidement leurs émissions, notamment au moyen d'impôts permanents sur la fortune et les revenus élevés, d'une taxation accrue des entreprises fossiles et de taxes dissuasives sur les biens de luxe fortement émetteurs, comme les jets privés.
  • Une contribution belge de 500 millions d'euros par an au financement climatique international.
  • Une augmentation substantielle du financement climatique destiné aux pays du Sud, principalement sous forme de subventions plutôt que de prêts, avec un triplement des financements consacrés à l'adaptation d'ici 2035.
  • Une réduction ambitieuse des inégalités grâce à des infrastructures et services publics résilients face au changement climatique, notamment via une suppression progressive et juste des subsides aux combustibles fossiles.
  • Un encadrement strict des entreprises profitant des catastrophes climatiques dans les domaines de l'urgence, de la reconstruction et de l'alimentation.

 

Repères et chiffres clés

  • Oxfam estime que 1,18 million des décès supplémentaires liés à la chaleur projetés concerneront des pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire inférieur.
  • Depuis 1990, les émissions du 1 % le plus riche ont déjà provoqué des pertes économiques estimées à 2 900 milliards de dollars. D’ici 2050, ce montant pourrait atteindre 52 600 milliards de dollars.
  • Jusqu’à un milliard de personnes pourraient être déplacées en raison de la crise climatique d’ici 2050.
  • En Belgique, les 1 % les plus riches (11 680 personnes) émettent en moyenne 14 fois plus de CO₂ que la moyenne de la population et 22 fois plus que la moitié la moins aisée de la population. Les jets privés ayant décollé de Belgique en 2025 ont généré 34 580 tonnes de CO₂.
Path 587 Path 588 Path 589 Path 590 Path 591 Path 592 Path 593 Path 594 Path 595

Disaster Divide : quand la crise climatique enrichit les plus riches et aggrave les inégalités

Les catastrophes climatiques frappent en premier lieu les populations les plus vulnérables, tandis que les plus grandes fortunes continuent de profiter d’un système qui alimente le dérèglement climatique. Découvrez les conclusions du nouveau rapport d’Oxfam sur le lien entre émissions, inégalités et profits.

Actualité
Justice Climatique: définition, exemples et enjeux

Climat : les ultra-riches émettent plus de carbone que la moitié de l’humanité et profitent de la crise climatique

Actualité
Justice Climatique: définition, exemples et enjeux

Du champ aux politiques publiques : Zinder renforce sa résilience face au changement climatique

Actualité
Justice Climatique: définition, exemples et enjeux

Interview : que doivent faire nos responsables politiques face aux canicules, inondations et incendies ?