Sahara occidental : une crise oubliée depuis cinquante ans
Depuis plus de cinquante ans, des réfugié·es sahraoui·es vivent dans le désert algérien, loin de leur terre d’origine. Alors qu’aucune solution politique ne se profile et que l’aide humanitaire diminue, Oxfam agit aux côtés d’organisations partenaires pour garantir l’accès à l’eau, renforcer la sécurité alimentaire et l’autonomie des Sahraoui·es et défendre leur droit à un avenir.
Un conflit qui n’a jamais été résolu
Le Sahara occidental est l’une des dernières questions de décolonisation non résolues au monde. Jusqu’en 1975, le territoire était une colonie espagnole. Lorsque l’Espagne s’est retirée, le Maroc et la Mauritanie ont tous deux revendiqué le territoire. Le Front Polisario, qui revendique l’indépendance pour les Sahraoui·es, s’y est opposé.
Une longue guerre s’est ensuivie. Des dizaines de milliers de Sahraoui·es ont fui les bombardements et les violences vers le sud-ouest de l’Algérie. Cinq camps de réfugié·es ont été établis autour de la ville de Tindouf. En 1991, un cessez-le-feu est conclu, avec la promesse d’un référendum des Nations unies sur l’autodétermination. Mais ce référendum n’a jamais eu lieu.
Aujourd’hui, quelque 173 000 Sahraoui·es vivent dans les camps. Pour beaucoup, l’Algérie est le seul pays qu’ils et elles aient jamais connu. Pourtant, ils et elles continuent d’espérer pouvoir un jour retourner au Sahara occidental, là où leur histoire a été brutalement interrompue.
L’ONU considère toujours le Sahara occidental comme un territoire non autonome. Le processus de décolonisation n’est donc pas achevé. La question de savoir qui peut décider de l’avenir du territoire et de ses ressources naturelles reste sans réponse. Le Maroc contrôle la majeure partie du Sahara occidental et défend un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Front Polisario continue de s’y opposer et revendique le droit à l’autodétermination et à l’indépendance.
une crise oubliée dans un désert hostile
Pendant ce temps, la vie quotidienne continue dans des conditions difficiles à imaginer. Les camps se trouvent dans l’un des environnements les plus extrêmes au monde : sécheresse permanente, tempêtes de sable et températures pouvant atteindre 50 °C en été. Les possibilités de générer des revenus sont limitées. De nombreuses familles dépendent donc de l’aide humanitaire pour accéder à la nourriture, à l’eau et à un abri.
Et cette aide est de plus en plus sous pression. Selon les informations issues de nos programmes, le financement international a presque diminué de moitié en 2025. Les conséquences sont directes : l’insécurité alimentaire augmente, les enfants sont davantage exposés à la malnutrition et les médicaments essentiels se font rares. Les jeunes qui grandissent dans les camps ont également peu accès à la formation, à l’emploi et aux perspectives d’avenir.
La communauté internationale laisse cette crise de déplacement forcé s’éterniser depuis un demi-siècle et n’est toujours pas parvenue à transformer le processus politique promis en une solution juste. Oxfam appelle à renforcer l’aide humanitaire, mais plaide également pour une solution politique durable qui respecte le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, conformément au droit international.
Quand les frontières deviennent un instrument politique
Fin juillet 2026, les événements survenus à Ceuta ont une nouvelle fois montré à quel point les politiques migratoires en Afrique du Nord sont étroitement liées aux intérêts européens. Des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc. Ce mouvement massif a tourné à la tragédie, provoquant la mort de dizaines de migrants dans des circonstances dramatiques, selon des sources concordantes et les autorités compétentes. Ce drame humain souligne une nouvelle fois l'impasse des politiques migratoires actuelles et la dépendance européenne à l'égard du Maroc qui pèse directement sur la position des États membres dans le dossier du Sahara occidental, et donc sur l'avenir des réfugié·es de Tindouf.
Cette politique des frontières s’inscrit dans une géopolitique régionale plus large. Les pays européens cherchent à contrôler les migrations tout en entretenant des relations commerciales et politiques étroites avec le Maroc. Dans le même temps, le statut du Sahara occidental reste irrésolu. Le commerce européen avec le territoire fait lui aussi l’objet de controverses juridiques : la Cour de justice de l’Union européenne a estimé que les accords portant sur les ressources naturelles du Sahara occidental nécessitent le consentement du peuple du Sahara occidental.
Ainsi, un processus de décolonisation jamais achevé risque de laisser place à un vide politique dans lequel les intérêts géopolitiques et économiques pèsent davantage que le droit d’un peuple à disposer de lui-même.
De l’eau, de la nourriture et des perspectives d’avenir
Dans ce contexte difficile, Oxfam continue d’agir aux côtés des communautés sahraouies. Nous sommes présents dans les camps de réfugié·es depuis 1975. Notre approche va au-delà de l’aide d’urgence : nous investissons dans l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire, la résilience et le développement de compétences.
L'eau est littéralement vitale
Dans le camp de Boujdour, la population dépendait depuis des années de camions-citernes. Ceux-ci tombaient régulièrement en panne et augmentaient le risque de contamination de l’eau. Fin 2025, grâce à des financements internationaux et au soutien de nos donateur·rices, Oxfam a contribué à la mise en place d’un nouveau réseau de distribution comprenant plusieurs points d’eau et deux réservoirs de 320 m³ chacun.
Pour Embarka Ahmed Labeid, mère de cinq enfants, cela a changé le quotidien. Là où elle devait parfois choisir entre l’eau nécessaire pour cuisiner et celle indispensable pour nettoyer, elle peut désormais compter sur un approvisionnement plus stable. Le nouveau programme WASH (eau, assainissement et hygiène), qui s’étend de mai 2026 à mai 2028, vise à pérenniser cet accès et à prévenir les interruptions d’approvisionnement.
La sécurité alimentaire est également une priorité
Oxfam fournit des légumes frais pendant les mois d’été ainsi que de la farine sans gluten et soutient le développement d’une agriculture agroécologique à petite échelle. L’objectif : permettre aux communautés de produire davantage elles-mêmes et de renforcer leur autonomie alimentaire.
Oxfam soutient actuellement la sécurité alimentaire à trois niveaux : dans les écoles, à travers des jardins pédagogiques scolaires ; au niveau des ménages, grâce aux jardins familiaux ; et au sein des communautés, via des jardins communautaires. Ces initiatives reposent sur une agriculture innovante, diversifiée et agroécologique, avec une forte implication des habitant.es.
Pas d’avenir sans solution politique
Les points d’eau, l’assainissement, la production de légumes et les formations font aujourd’hui une différence concrète. Mais ils ne peuvent pas résoudre à eux seuls un conflit politique qui dure depuis près de cinquante ans.
C’est pourquoi Oxfam agit sur plusieurs fronts : avec les communautés, nous améliorons l’accès à l’eau et à la nourriture, renforçons l’autonomie et donnons aux jeunes et à la société civile davantage de moyens pour faire entendre leur voix. Dans le même temps, nous continuons à plaider au niveau international pour davantage de soutien humanitaire, mais aussi pour une solution pacifique, juste et durable qui respecte le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. 
Soutenez nos partenaires
Les Sahraoui·es n’attendent pas passivement. Ils et elles construisent leurs communautés, cherchent des moyens de produire de la nourriture dans le désert et œuvrent chaque jour pour vivre dans la dignité. Avec votre soutien, Oxfam et ses partenaires peuvent continuer à les accompagner. Ensemble, nous pouvons renforcer la pression internationale en faveur d’une solution politique juste.
Soutenez Oxfam et nos partenaires dans leurs actions aux côtés du peuple sahraoui