Pourquoi les mesures du gouvernement Arizona impactent plus les femmes ?

Le gouvernement Arizona a décidé de couper dans les dépenses publiques notamment les allocations de chômage, de maladie de longue durée ou encore de réformer le système des retraites. À travers ces mesures d’austérité, le gouvernement a choisi de faire peser le poids de la dette sur la population belge, notamment les personnes les plus précarisées. Parmi les plus touché.es, on retrouve les femmes. Pourquoi sont-elles désavantagées et comment les mesures de l’Arizona vont-elles les impacter ? Analyse à découvrir ici.

À propos d’inégalités économiques hommes-femmes en Belgique

La Belgique n’est pas un pays égalitaire en termes de genre. Certes, le pays se porte mieux que d’autres mais une réalité subsiste : 70% des personnes en situation de pauvreté en Belgique sont des femmes. Pourquoi ? Les femmes ne sont pas naturellement déterminées à être pauvres mais une série de choix politiques et culturels les maintiennent dans la précarité.  

Les différents facteurs énoncés ci-dessous expliquent pourquoi les mesures de l’Arizona impactent davantage les femmes.  Pour le dire rapidement : les femmes sont déjà discriminées sur le plan économique en Belgique et les réformes de l’Arizona ne vont qu’aggraver ces inégalités.  

Inégalité 1 : Les femmes sont plus souvent obligées de travailler à temps partiel 

- 4 personnes sur 5 qui travaillent à temps partiel sont des femmes.
- Un quart des femmes à temps partiel le font pour s’occuper des enfants ou autres personnes à charge contre 8% des hommes.
(Sources : Stabel)

Inégalité 2 : les femmes sont plus nombreuses à connaitre des carrières interrompues ou incomplètes

50% des femmes âgées de 25 à 49 ans interrompent leurs carrières à cause d’obligations familiales.
(Source : Ines)

Inégalité 3 : les femmes sont surreprésentées dans les secteurs pénibles et précaires

Par conséquent, cela augmente les probabilités d’être en situation d’invalidité, de maladie ou de burn-out. Dans le monde entier, les femmes représentent actuellement 78% de la main-d’œuvre assurant les services de soins de santé essentiels.
(Source : Oxfam Belgique)

Inégalité 4 : les femmes s’occupent majoritairement du travail non-rémunéré

Ça comporte le travail de soin d’enfants ou autre personne à charge, les tâches domestiques quotidiennes etc. Ce travail n’est pas reconnu par le système économique et donc non-rémunéré. En Belgique, au sein des couples hétérosexuels, une femme consacre aujourd’hui 1h36 de plus que son conjoint aux tâches ménagères. (Source : Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes)

Les différentes mesures de l’Arizona et leurs impacts sur les femmes 

1. La réforme du chômage 

Description de la réforme :  Les allocations de chômage sont désormais réduites à 2 ans maximum. Il existe cependant une exception pour les personnes de plus de 55 ans : à partir de 2026, la limitation de durée des allocations ne s’appliquera pas sur elles si elles ont travaillé au moins 31 ans. 

Inégalités reliées : 

  • Inégalité 1 : les femmes sont plus souvent obligées de travailler à temps partiel pour raisons familiales.
  • Inégalité 2 : les femmes sont plus nombreuses à connaitre des carrières interrompues ou incomplètes.  
  • Inégalité 3 : les femmes sont surreprésentées dans les secteurs pénibles et précaires.  

Explication : Les femmes sont surreprésentées parmi les personnes les plus fragiles du dispositif de la réforme du chômage : personnes âgées de plus de 50 ans, travailleuses à temps partiel ou carrière fragmentée et personnes en situation d’invalidité. Dès lors, l’accès à une carrière complète est plus difficile pour les femmes, ce qui rend l’exception prévue par le gouvernement des seniors de plus de 55 ans particulièrement difficile à atteindre. Les femmes de plus de 55 ans constituent ainsi un groupe particulièrement vulnérable, exposé à une dépendance financière vis-à-vis du conjoint et à une difficulté accrue à retrouver du travail.

2. Réforme des allocations de maladie longue durée

Description de la réforme : Renforcement des mécanismes de contrôle et limitation dans le temps des allocations de maladie à longue durée. Mesures touchant 100.000 personnes (soit 20% du total des personnes touchant les allocations).

Inégalités reliées :  

  • Inégalité 3 : les femmes sont surreprésentées dans les secteurs pénibles et précaires.   
  • Inégalité 4 : les femmes s’occupent majoritairement du travail non-rémunéré. 

Explication :  

Aujourd’hui, les femmes représentent plus de 60% des malades de longue durée en Belgique (69% pour les burn-out). Cette surreprésentation s’explique notamment par leur forte présence dans des secteurs pénibles (soins de santé, nettoyage, aide sociale) ainsi que par leur trop grande implication dans les tâches ménagères. Ces conditions difficiles augmentent le risque de maladies comme les douleurs chroniques, arthrose ainsi que des troubles de santé mentale (dépression, burn-out). Une étude de l’ULB a démontré que les emplois de type titres-services augmentent de 200% la probabilité de tomber en invalidité après un an. La majorité des personnes travailleuses en titres services sont des femmes (96%) d'origine immigrée (98%). 25% d'entre elles ont plus de 50 ans et une proportion importante sont des mères célibataires (16%) 

Les femmes ont aussi plus difficilement accès aux soins de santé : près d’une femme sur deux (48%) a renoncé à au moins un soin pour raisons financières, contre un homme sur trois (Source : Solidaris, 2024). 

Un autre facteur réside dans l’absence de données liées aux soins de santé les concernant ou encore à l’absence de prise en compte et aménagements conséquents face aux douleurs menstruelles, problèmes du plancher pelvien ou aux symptômes de la ménopause. 

3. Fin du quotient conjugal 

Description de la réforme : Le quotient conjugal est un instrument fiscal avantageux donné aux couples dont un des deux conjoints gagnent peu ou pas de revenus. Grâce au quotient familial, le partenaire ayant peu de revenu se voit attribuer fiscalement une partie du revenu professionnel du conjoint. Le montant total des impôts à payer est donc inférieur à ce que le couple aurait payé si les deux revenus étaient considérés de manière isolée. Le gouvernement va supprimer cet avantage, avec pour objectif de « remettre les femmes au travail ». Il pénalisera 276 798 ménages. 

Inégalités reliées : 

  • Inégalité 1 : les femmes sont plus souvent obligées de travailler à temps partiel pour raisons familiales.
  • Inégalité 2 : les femmes sont plus nombreuses à connaitre des carrières interrompues ou incomplètes.  
  • Inégalité 4 : les femmes s’occupent majoritairement du travail non-rémunéré. 

Explication :

La plupart des personnes en couple qui gagnent peu ou pas de revenus sont des femmes, souvent parce qu’elles ont dû réduire ou arrêter leur activité professionnelle pour raisons familiales. Les femmes de plus de 45 ans sont particulièrement vulnérables à la suppression du quotient conjugal. En effet, moins de 10% des femmes de 45 à 49 ans retrouvent un travail. Supprimer l’avantage fiscal n’a donc aucun sens économique puisque les femmes ne peuvent pas se remettre sur le marché de l’emploi si ce dernier ne lui ouvre pas ses portes. 

4. Réforme des retraites 

Description de la réforme :   

  • Une année de carrière est redéfinie passant de 104 à 156 jours prestés. 
  • Système de malus afin de limiter l’accès à la pension anticipée : les personnes qui n’ont pas travaillé 35 ans (156 jours de travail par an minimum) ni totalisé 7020 jours sur l’ensemble de leur carrière verront leur pension diminuer. 

Inégalités reliées : 

  • Inégalité 1 : les femmes sont plus souvent obligées de travailler à temps partiel pour raisons familiales.
  • Inégalité 2 : les femmes sont plus nombreuses à connaitre des carrières interrompues ou incomplètes.  
  • Inégalité 3 : les femmes sont surreprésentées dans les secteurs pénibles et précaires.   

Explication :

  • Puisque les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, il leur sera plus difficile d’atteindre le seuil de 156 jours de travail par an.  
  • Les interruptions de carrière pour raisons familiales, qui concernent majoritairement les femmes, ne seront plus comptabilisées comme des jours de travail pour le droit à la pension. 
  • Le système de malus va toucher davantage de femmes : A partir de 2026, 25% des femmes ne pourront plus partir en pension anticipée sans malus, contre 8% des hommes. Pourtant, elles sont surreprésentées dans les secteurs à forte usure professionnelle, où le départ à la pension anticipée est le plus utile. Conséquence : 21,6% des femmes devront prolonger leur carrière d’au moins un an ou plus. 

En 2023, la différence de pension légale moyenne entre hommes et femmes était de 383€ (17%). L’impact de ces mesures va renforcer cet écart. Le Comité d’étude sur le vieillissement a évalué les effets de la réforme des pensions et conclut que ce sont les femmes salariées qui en paieront le plus lourd tribut. D’ici 2040, elles perdront en moyenne 5,6% de leur pension, tandis que celle des hommes ne diminuera que de 4,3%.

5. Flexibilisation du travail 

Description de la réforme :  

  • Auparavant, un contrat à temps partiel devait prévoir au minimum 13 h de travail par semaine (le fameux “tiers temps”). La réforme supprime ce seuil : un employeur peut désormais proposer des contrats de seulement 3 h par semaine, ou éclater les horaires en très petites tranches. Résultat : des emplois encore plus instables, avec des revenus imprévisibles et des plannings difficilement conciliables avec une vie familiale. 
  • Suppression de l’interdiction du travail de nuit. 
  • Annualisation du temps de travail : mesure visant à répartir les heures de travail de manière variable sur l’ensemble de l’année. Les horaires ne doivent être communiqués que 3 jours à l’avance 

Inégalités reliées : 

  • Inégalité 1 : les femmes sont plus souvent obligées de travailler à temps partiel pour raisons familiales.
  • Inégalité 3 : les femmes sont surreprésentées dans les secteurs pénibles et précaires.   
  • Inégalité 4 : les femmes s’occupent majoritairement du travail non-rémunéré. 

Explication :  

  • Les femmes sont majoritaires dans les emplois à temps partiel. Elles se retrouveront donc davantage précarisées par la flexibilisation de l’emploi 
  • La suppression de l’interdiction du travail de nuit concerna principalement le secteur de la distribution, où les femmes sont majoritaires. Or, Le travail de nuit augmente le risque de maladies comme le cancer. 
  • L’annualisation du temps de travail va rendre l’anticipation et la conciliation entre vie professionnelle et privée plus difficile. Les femmes, qui assument encore majoritairement les tâches domestiques et familiales, sont dès lors particulièrement pénalisées par ce type de dispositif, ce qui contribue à fragiliser davantage leur position sur le marché du travail. 

6. Suppression de différents droits de pension 

Description de la réforme : 

  • Pension de ménage supprimée : La pension de ménage -pension calculée pour un couple marié dont les revenus sont inégaux- sera progressivement supprimée sans ajustement pour les femmes concernées dans le couple, ce qui risque de réduire drastiquement leurs revenus. 
  • Pension de divorce supprimée : Elle permettait à l’ex conjoint- souvent conjointe- d’obtenir une pension pour compenser les carrières différentes (l’arrêt ou la réduction du travail de la femme à la naissance des enfants par exemple). Une nouvelle fois, ce sont les femmes qui sont les premières victimes de cette mesure. En effet, elles représentent 80% des bénéficiaires de cette pension et n’ont souvent pas d’autres revenus alternatifs. 
  • Pension destinée aux veufs et veuves supprimée : 98% des bénéficiaires sont des femmes. 

Inégalités reliées : 

  • Inégalité 1 : les femmes sont plus souvent obligées de travailler à temps partiel pour raisons familiales.
  • Inégalité 2 : les femmes sont plus nombreuses à connaitre des carrières interrompues ou incomplètes.  

Journée internationale pour les droits des femmes : tou.te.s ensemble contre l’Arizona 

Le 8 mars 2026 aura lieu la journée internationale pour les droits des femmes. La marche mondiale des femmes en Belgique appelle à faire front commun pour lutter contre la politique de notre gouvernement qui aggrave les inégalités de genre.  Rassemblons-nous, prenons soin de nous et manifestons pour une société juste et égale. Rejoignez Oxfam lors de la marche.

Toutes les infos sur la marche pour les droits des femmes