Communiqué de presse30 avril 2026

Les rémunérations des CEO belges ont augmenté neuf fois plus vite que les salaires des travailleuses et travailleurs en 2025

Une nouvelle analyse conjointe de la CSI (la Confédération syndicale internationale) et d’Oxfam, publiée aujourd’hui, à l’occasion de la Journée Internationale des Travailleur·euses (1er mai), révèle qu’entre 2024 et 2025, les travailleuses et travailleurs belges n’ont enregistré qu’une hausse réelle de salaire de 5,1 %, tandis que la rémunération des CEO des grandes entreprises belges a bondi de 45,8 %.

La majorité des dirigeants et dirigeantes des plus grandes entreprises du pays ont perçu plus d’un million d’euros en salaires et bonus. Le groupe chimique Syensqo arrive en tête, avec une rémunération de plus de 40 millions d’euros pour sa CEO en 2025. Il est suivi par le géant pharmaceutique UCB, dont le CEO a perçu plus de 12 millions d’euros.

En 2025, le patrimoine des millionnaires belges représentait 7,2 % du PIB

Face à ces chiffres, Oxfam et la Confédération syndicale internationale (CSI / ITUC) appellent à des mesures urgentes pour limiter l’extrême concentration des richesses, notamment par une fiscalité plus élevée et plus équitable pour les personnes les plus riches, ainsi que par l’instauration de plafonds contraignants sur les rémunérations des CEO.

À l’occasion du 1er mai, Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, l’ITUC et Oxfam publient une étude internationale mettant en lumière l’écart croissant entre les rémunérations des dirigeant·es d’entreprise et celles des salarié·es. Cette étude révèle que, l’an dernier, la rémunération réelle des CEO des plus grandes entreprises belges a augmenté de 45,8 %, contre seulement 5,1 % pour les salaires des travailleuses et travailleurs.

L’analyse porte sur 1 500 des entreprises les mieux rémunératrices, dans 33 pays, dont la Belgique, et repose sur les données de rémunération des CEO en 2025. Elle montre que le CEO moyen en Belgique a perçu 4,7 millions d’euros en salaires et bonus l’an dernier, contre 3,1 millions d’euros en 2024.

Pour un·e salarié·e, il faudrait environ 52 années de travail, soit plus qu’une carrière complète, pour atteindre ce niveau de rémunération annuelle.

La Belgique n’est évidemment pas un cas isolé. À l’échelle internationale, des groupes comme Blackstone, Broadcom et Goldman Sachs ont versé 100 millions de dollars à leur CEO en 2025. À eux seuls, les dix CEO les mieux rémunérés au monde ont perçu environ 1 milliard de dollars.

Ces entreprises affichent également de fortes inégalités de genre. Dans les 1 500 entreprises analysées, l’écart salarial entre les femmes et les hommes s’élève en moyenne à 16 %, ce qui signifie que, symboliquement, les femmes travaillent gratuitement à partir du 4 novembre.

L’écart entre les rémunérations des salarié·es et celles des CEO ne cesse de se creuser

Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance de long terme : les dirigeant·es et les actionnaires captent une part croissante de la richesse produite, tandis que l’écart entre les rémunérations des salarié·es et celles des CEO ne cesse de se creuser. Depuis 2019, les salaires réels des travailleurs et travailleuses ont diminué de 12 %, alors que la rémunération moyenne des CEO à l’échelle mondiale est passée de 5,5 millions de dollars en 2019 à 8,4 millions en 2025, soit une hausse réelle de 54 %.

La détention d’actions joue un rôle central dans l’accumulation de ces richesses. Selon les recherches de l’ITUC et d’Oxfam, près de 1 000 milliardaires ont perçu ensemble 79 milliards de dollars de dividendes en 2025, soit environ 2 500 dollars par seconde.

En Belgique également, l’impact des actions sur le patrimoine est considérable. Le CEO d’AB InBev, quatrième dirigeant le mieux payé du pays en 2025, a perçu 5,1 millions d’euros de rémunération, tout en convertissant ses bonus en actions du groupe, dont la valeur pourrait atteindre jusqu’à 85 millions d’euros.

À l’international, les montants sont encore plus spectaculaires : Bernard Arnault, président du groupe LVMH, a perçu 3,8 milliards de dollars, tandis que Amancio Ortega, fondateur d’Inditex (Zara), a reçu 3,7 milliards de dollars en 2025.

Ces distributions ne sont pas anodines. Les profits et dividendes d’entreprise sont fréquemment utilisés pour affaiblir les droits du travail et saper les fondements démocratiques. De nombreux responsables politiques ultra-riches façonnent des politiques qui réduisent les droits des travailleuses et travailleurs, affaiblissent les services publics et avantagent fiscalement les plus riches.

« Cette analyse révèle comment des milliardaires mènent un coup d’État silencieux contre la démocratie, tandis que les travailleuses et travailleurs en paient le prix. Les entreprises prétendent investir dans notre prospérité, mais, en réalité, elles minent la négociation collective et le dialogue social. Les gains de productivité ne bénéficient ni aux salarié·es ni à la société, mais s’accumulent entre les mains de CEO milliardaires, qui réinvestissent ensuite ces ressources pour financer des projets antidémocratiques », a déclaré Luc Triangle, secrétaire général belge de l’ITUC.

« Ces projets antidémocratiques rejettent la responsabilité de la montée des inégalités sur des groupes marginalisés, personnes migrantes, femmes ou minorités, afin de détourner l’attention des véritables responsables : leurs riches bailleurs de fonds. Les travailleuses et travailleurs sont ainsi dressés les uns contre les autres. Pendant ce temps, les institutions démocratiques sont démantelées et des politiques favorisant toujours davantage les plus riches sont imposées, au détriment des droits du travail, de la sécurité et des conditions de vie », a-t-il ajouté.

« Nous ne pouvons plus accepter qu’une poignée d’ultra-riches s’approprient les fruits du travail produit par des millions de personnes. Les gouvernements ont une responsabilité claire : limiter les rémunérations excessives des CEO, taxer équitablement les grandes fortunes et garantir que les salaires minimums suivent au moins l’inflation et permettent une vie digne. Dans le même temps, les travailleuses et travailleurs doivent pouvoir exercer librement leurs droits à s’organiser, à négocier collectivement et à faire grève. Ce sont eux qui créent la richesse de nos sociétés. Il est juste qu’ils puissent en revendiquer une part », a déclaré Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International.

« Les mesures que nous proposons vont bien au-delà d’une simple redistribution des revenus. Elles visent à bâtir des économies qui valorisent le travail, investissent dans les communautés et instaurent un véritable contrôle démocratique du pouvoir économique. C’est ainsi que nous pourrons transformer un système qui profite aujourd’hui à quelques-uns en un système qui fonctionne pour toutes et tous. »

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